De Monaco en 1903 à Seabed 2030
La GEBCO, carte générale bathymétrique des océans (General Bathymetric Chart of the Oceans), remonte au 7e Congrès international de géographie de Berlin, qui nomma en 1899 une commission chargée de la nomenclature des formes sous-marines. Réunie à Wiesbaden les 15 et 16 avril 1903, cette commission accepta l'offre du prince Albert Ier de Monaco, lui-même océanographe, d'organiser et de financer une série de cartes bathymétriques du monde. La première édition, 24 feuilles, fut imprimée à Paris en 1905.
Une deuxième édition fut imprimée de 1912 à 1931, puis la responsabilité passa au Bureau hydrographique international, ancêtre de l'actuelle Organisation hydrographique internationale (OHI). La Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO fut invitée à coparrainer la cinquième édition, qui acheva la couverture du monde au 1/10 000 000 en 1982 ; la GEBCO travaille toujours sous l'égide conjointe de l'OHI et de la COI.
Les cartes sont passées au numérique avec le GEBCO Digital Atlas sur CD-ROM en 1994. La première grille mondiale, la One Minute Grid, est sortie en 2003, l'année du centenaire, suivie en 2009 d'une grille à 30 secondes d'arc, GEBCO_08.
En juin 2017, la Nippon Foundation japonaise et la GEBCO ont lancé le projet Nippon Foundation-GEBCO Seabed 2030, à la première Conférence des Nations unies sur les océans à New York, pour cartographier la totalité des fonds marins d'ici 2030. Au départ, seuls 6 % environ des fonds étaient cartographiés à une résolution suffisante ; avec la grille 2026, la part atteint 28,7 %, quelque 104 millions de km². Depuis 2019, le projet produit chaque année la grille GEBCO à 15 secondes d'arc, et celle de 2026 est sa huitième.
Ce qu'elle mesure : sondages et gravité vue de l'espace
La grille GEBCO est un modèle de terrain continu des océans et des terres : une altitude en mètres toutes les 15 secondes d'arc, en 43 200 lignes sur 86 400 colonnes, environ 3,7 milliards de valeurs, négatives sous le niveau de la mer et positives au-dessus. Chaque valeur se rapporte au centre de sa maille, d'environ 460 m du nord au sud, et plus étroite d'est en ouest à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur.
Derrière cette surface unique se cachent deux sortes de profondeurs très différentes. Là où un navire a sondé, surtout au sondeur multifaisceau qui balaie une fauchée de fond, mais aussi par sondages monofaisceaux, lidar ou isobathes numérisées sur des cartes, la profondeur est mesurée. Ailleurs, sur plus des deux tiers de l'océan, elle est prédite depuis l'espace : la masse d'un mont sous-marin attire l'eau au-dessus de lui et soulève très légèrement la surface de la mer, une bosse que mesurent les altimètres satellitaires, et le champ de gravité ainsi cartographié est converti en profondeur, calé sur les sondages des navires.
Ces profondeurs prédites sont bien plus grossières que la grille. SWOT, le satellite franco-américain lancé en décembre 2022, affine la gravité marine à environ 8 km, contre environ 200 m pour le sondeur d'un navire. Dans l'océan non sondé, une maille de 15 secondes d'arc est donc une interpolation de formes larges de plusieurs kilomètres, et un petit mont sous-marin peut être manqué ou son sommet aplati.
La grille associée Type Identifier (TID) indique, pour chaque maille, d'où vient sa valeur : terre (0) ; mesure directe, comme le monofaisceau (10), le multifaisceau (11), le lidar (15) ou une combinaison (17) ; mesure indirecte, comme une prédiction par la gravité satellitaire (40), une interpolation par ordinateur (41) ou des isobathes de cartes (42) ; ou source inconnue (70 à 72). Lue avec la profondeur, elle distingue un banc mesuré d'un banc deviné.
Comment une grille annuelle est compilée
Quatre centres régionaux de Seabed 2030 rassemblent les données de leurs océans : l'océan Austral à l'institut Alfred Wegener en Allemagne, le Pacifique à Earth Sciences New Zealand, l'Atlantique et l'océan Indien à l'observatoire Lamont-Doherty de l'université Columbia, l'Arctique et le Pacifique Nord à l'université de Stockholm et à l'université du New Hampshire. Ils compilent des jeux de données en grille, surtout issus de levés multifaisceaux, et les transmettent au centre mondial, au British Oceanographic Data Centre (BODC) au Royaume-Uni.
Le centre mondial les pose sur une grille de base, la version 2.8 de SRTM15+ de la Scripps Institution of Oceanography, utilisée pour l'essentiel entre 50° S et 60° N, qui fusionne la topographie terrestre et des fonds mesurés et prédits ; cette version prédit la profondeur à partir du champ de gravité de SWOT par des méthodes d'apprentissage automatique. Hors des régions polaires, les grilles régionales sont clairsemées, ne contenant que les mailles pourvues de données, et sont fusionnées par « remove-restore » : l'écart entre les nouvelles données et la base est mis en grille puis rajouté, si bien que la surface suit les mesures et rejoint en douceur les profondeurs prédites autour d'elles. Les grilles polaires, complètes, sont fondues par dégradé, et les erreurs signalées dans les versions précédentes sont corrigées.
Les terres viennent de SRTM15+ hors des régions polaires, des modèles BedMachine au Groenland et en Antarctique, et d'autres modèles de terrain dans l'Arctique. La grille 2026 a été publiée le 27 avril 2026, en fichiers mondiaux ou en huit dalles de 90 degrés aux formats netCDF, GeoTIFF et ASCII, avec une seconde version montrant la roche sous la glace du Groenland et de l'Antarctique.
La grille est dans le domaine public : gratuite, elle peut être copiée, adaptée et exploitée commercialement, à condition d'en citer la source et de ne laisser entendre aucune caution de la GEBCO, de l'OHI ni de la COI. Elle est fournie « en l'état » et ne doit servir ni à la navigation ni à aucun usage touchant à la sécurité en mer.
En mer : la vue d'ensemble, pas le passage
GEBCO rend bien les grandes formes : le rebord du plateau continental, les dorsales, les monts sous-marins et les fosses, les ruptures de profondeur où la houle se creuse et où les courants s'infléchissent. Mais au large, la plupart des mailles sont prédites, non mesurées, et seule la grille TID dit lesquelles : une profondeur marquée 40 peut être fausse de centaines de mètres sur un fond accidenté, et un mont sous-marin ou un haut-fond isolé de moins de quelques kilomètres peut tout simplement manquer.
Près des côtes, elle est grossière. À environ 460 m, une maille peut chevaucher un chenal et le banc voisin, et un récif entier ou une passe étroite peut tenir dans une seule maille ; là où la grille n'est pas contrainte par des sondages, les profondeurs côtières sont interpolées entre la terre et les données les plus proches.
Ses profondeurs sont supposées rapportées au niveau moyen de la mer, même si certaines données en eau peu profonde utilisent d'autres références : à marée basse, il y a moins d'eau qu'indiqué, jusqu'à la moitié du marnage, à l'inverse d'une carte marine dont les sondes sont rapportées à la plus basse mer. La GEBCO précise elle-même que sa grille n'est pas faite pour la navigation ; les cartes officielles restent la référence.
Dans Saily WR
Saily WR utilise la grille GEBCO dans son édition 2026, à environ 460 m (15 secondes d'arc), sur le globe entier. Quand vous demandez une profondeur minimale, GEBCO donne la profondeur partout où EMODnet, plus fin, ne couvre pas : les océans au large et toutes les côtes hors des mers d'Europe et de la zone Caraïbes.
Sur ces côtes, vu la taille des mailles et la référence au niveau moyen, réglez la profondeur minimale avec une marge généreuse et gardez aussi la marge à la côte : GEBCO écarte une route des plateaux et des bancs qu'il connaît, pas de chaque roche. Là où la grille TID montrerait une côte interpolée plutôt que sondée, la carte officielle est le seul guide de ses dangers.
Sources
- Project history, GEBCO (2026)
- Gridded bathymetry data, GEBCO (2026)
- The GEBCO_2026 Grid, GEBCO (2026)
- Release of the GEBCO_2026 Grid, GEBCO (2026)
- Our mission, Nippon Foundation-GEBCO Seabed 2030 Project (2026)
- A truly global network, Nippon Foundation-GEBCO Seabed 2030 Project (2026)
- Global Bathymetry and Topography at 15 Arc Sec (SRTM15+), Tozer et al., Earth and Space Science (2019)
- Floors of three oceans seen by SWOT's satellite-mounted altimeters, Scripps Institution of Oceanography (2024)